Sainte-Croix se rejoint par une seule vraie porte d'entrée. Depuis Lausanne, nos camions prennent l'autoroute jusqu'à Yverdon-les-Bains, puis la route cantonale 254 qui monte depuis Vuiteboeuf : 3,7 kilomètres de lacets, environ 6'800 véhicules par jour, une chaussée par endroits trop étroite pour se croiser et des virages qui masquent la visibilité. Le canton y mène un chantier de réfection engagé jusqu'en 2028, avec le percement d'un tunnel de 180 mètres sous Le Château-de-Sainte-Croix pour supprimer un virage jugé dangereux. Le trafic est régulé par feux selon les phases, et nous vérifions l'état de la montée avant de fixer une date. Le train Yverdon - Sainte-Croix, exploité par travys avec des rampes atteignant 44 pour mille, dit assez ce que vaut ce dénivelé.
L'altitude commande le reste. Le village est à un peu moins de 1'100 mètres, les hameaux s'échelonnent entre 925 et 1'280 mètres, et le Col des Étroits culmine à 1'153 mètres avant de basculer vers L'Auberson et la France. L'hiver y est long et la neige tient. Cela change des choses concrètes : le véhicule doit rester manoeuvrable sur une chaussée grasse, le chargement se fait de préférence en pleine journée, et les cours, rampes de garage et places devant les entrées sont souvent réduites par les tas de neige repoussés. Nous prévoyons un point de stationnement dégagé et nous adaptons la taille du camion à la route qui dessert réellement l'adresse.
Le bâti de Sainte-Croix est un bâti industriel, et c'est ce qui rend les volumes différents d'ailleurs. La commune s'est développée dès le dix-huitième siècle dans la métallurgie, puis l'horlogerie, avant de devenir la capitale de la boîte à musique : Reuge y est née en 1865 et fabrique toujours, Paillard y a produit les machines à écrire Hermes et les caméras Bolex. À la fin du dix-neuvième siècle, une quarantaine d'entreprises occupaient environ 1'500 personnes. La crise des années 1970 et la faillite de Paillard en 1989 ont laissé des fabriques à plusieurs niveaux, partiellement reconverties, une partie des locaux abritant le Centre international de la mécanique d'art. Nous y sortons établis, machines-outils, stocks de pièces, rayonnages et archives. Autour, l'habitat ouvrier aligne des immeubles locatifs de trois ou quatre niveaux, rarement pourvus d'ascenseur, avec caves compartimentées, galetas et locaux à bois.
L'autre particularité tient à la dispersion. Le territoire compte vingt-sept localités et se lit en deux vallons, celui de Sainte-Croix et celui des Granges. L'Auberson est un vrai village ; La Sagne, La Chaux, Culliairy, Les Replans, La Vraconnaz et Le Château-de-Sainte-Croix sont des hameaux desservis par des routes secondaires étroites. On y trouve la ferme jurassienne classique, logement, grange et écurie sous un même toit, avec bûcher, remise et parfois un ancien atelier familial. Sainte-Croix est du reste la seule commune vaudoise à toucher à la fois la France et le canton de Neuchâtel : elle confine à Baulmes, Vuiteboeuf, Bullet et Fiez, à La Côte-aux-Fées, aux Fourgs et aux Hôpitaux-Vieux.
Reste l'élimination. La déchèterie communale se trouve à la Combe de Ville et son usage est réservé aux habitants de la commune. Depuis 2016, toute entreprise, ainsi que tout particulier effectuant régulièrement des dépôts payants, doit présenter une carte code-barres personnelle délivrée par le Service technique communal ; sans elle, le dépôt est refusé. Nous chargeons donc directement dans le camion et répartissons chaque flux dans sa filière : bois, ferraille, appareils électriques et électroniques, papier et carton, textiles, déchets spéciaux d'atelier, déchets ultimes. Ce qui est encore en état est proposé au réemploi, et nous mettons de côté, pour la famille, les pièces de mécanique et outillages d'horloger qui dorment souvent dans les galetas de la région.