Trois situations amènent un débarras après sinistre, et elles ne se ressemblent pas. Le dégât d'eau, souvent une conduite rompue ou un débordement venu de l'étage, imbibe les sols, les bas de cloison et tout ce qui touche le plancher. L'incendie détruit moins par les flammes que par la chaleur, la suie et l'eau d'extinction, qui abîment des pièces où le feu n'est jamais entré. L'inondation apporte de la boue et des eaux chargées qui contaminent tout ce qu'elles ont touché, en particulier dans les caves et les sous-sols. Dans les trois cas, celui qui nous appelle vient de constater les dégâts et cherche d'abord à savoir par quoi commencer.
L'urgence n'est pas commerciale, elle est matérielle : tant que rien n'est fait, les dommages continuent. Un meuble en panneau de particules gonfle et se délite là où il baigne. L'humidité migre dans les cloisons et sous les revêtements de sol, et la moisissure s'installe dans les matériaux restés saturés. La suie, elle, est acide : plus elle demeure sur une surface, plus elle marque durablement le métal, les plastiques et les peintures claires. Sortir ce qui est perdu limite ce que le reste du logement subit encore.
Cela dit, nous n'évacuons rien avant que l'état des lieux ait été documenté. Avant toute manutention, nous photographions les pièces, puis nous établissons un inventaire de ce qui est détruit, local par local, avec la nature des objets et leur nombre. Ce relevé est remis au client pour son dossier. La coordination se fait ensuite avec l'expert mandaté et, en immeuble locatif, avec la régie : nous convenons de ce qui peut sortir tout de suite, de ce qui doit rester en place jusqu'à son passage, et de ce qui est conservé de côté pour être vu plus tard. Nous ne nous prononçons jamais sur votre couverture ni sur la suite de votre dossier ; cela se règle avec votre assurance, et nous travaillons dans le cadre qu'elle vous indique.
Le tri surprend souvent. Des objets qui paraissent intacts ne le sont pas : un appareil électrique qui a pris l'eau ne se remet pas en service même une fois sec, un matelas ou un canapé imbibé garde l'humidité au centre de sa mousse, un meuble aggloméré ne retrouve pas sa tenue. À l'inverse, beaucoup de choses se sauvent : bois massif, verre, céramique, métal, vaisselle, et surtout les papiers, photographies et documents, que nous mettons systématiquement de côté avant le reste. Après un incendie, la suie ne se limite pas aux abords du foyer : elle voyage avec la chaleur et l'air, se dépose dans les armoires fermées, les tiroirs, les gaines et les pièces éloignées. L'odeur de fumée suit le même chemin et se fixe dans les matériaux poreux, textiles, rembourrages, moquettes, rideaux, bois brut et plâtre. Ce qui est saturé est déposé plutôt que lavé, et nous le disons avant de commencer.
Les déchets d'un sinistre ne partent pas dans les filières ordinaires. Un mobilier gorgé d'eaux usées, des textiles couverts de suie, du bois brûlé ou des matériaux mêlés de boue sont souillés et sont dirigés vers les filières prévues pour eux ; les appareils électriques et électroniques suivent la reprise habituelle, et les bidons, peintures, solvants ou batteries retrouvés dans une cave inondée sont sortis à part comme déchets spéciaux. Nous séparons ces flux sur place plutôt qu'au dépôt. Enfin, un logement sinistré n'est pas un logement sûr : nous dégageons les passages, gardons une sortie libre, protégeons ce qui doit l'être et ne faisons pas circuler l'équipe dans une pièce dont le plancher ou le plafond a été fragilisé. En fin de chantier, les locaux sont vidés, balayés et laissés en état d'être séchés, puis repris par les corps de métier qui interviennent après nous.