Un débarras met face à face deux choses. D'un côté le travail : le démontage, le portage dans un escalier, le chargement, les rotations du camion, le dépôt des déchets qui, pour une entreprise, se facture au poids dans les centres de tri. De l'autre ce qui sort du logement et trouve un repreneur : du mobilier, des métaux, des objets. La valeur de ce second poste s'impute sur le premier. Quand elle le couvre entièrement, le débarras ne coûte rien au client, et c'est de cette situation que parle le mot « gratuit ». C'est un résultat possible, constaté au cas par cas, pas une offre commerciale. Un trois pièces meublé d'ancien en bon état et une cave d'encombrants représentent le même volume et deux situations opposées.
Ce qui se revend réellement forme une liste plus courte qu'on ne l'imagine. Le mobilier ancien en bois massif en bon état, les pièces de mobilier du XXe siècle identifiables, l'horlogerie, les bijoux, l'argenterie massive poinçonnée, les tableaux, les instruments de musique, l'outillage professionnel, les appareils photo argentiques, les vinyles et les vélos ont un marché en Suisse romande. Trois conditions reviennent toujours : l'état, la complétude et l'existence d'un acheteur pour cet objet précis. Une chaise dépareillée ne vaut pas la série de six. À part, les métaux comptent aussi : cuivre, laiton, inox, fonte et acier partent en filière métaux et pèsent dans la balance même quand l'objet lui-même ne vaut rien.
Le reste ne se revend pas, et pour des raisons matérielles. Le mobilier en panneaux de particules ne supporte pas un second démontage : les tourillons et les excentriques ne reprennent pas. Les matelas et les canapés en tissu ne sont pas repris, pour des questions d'hygiène. L'électronique suit sa propre filière de reprise et n'entre pas dans le calcul. La vaisselle courante, les livres de poche, les buffets rustiques massifs et les pianos droits ordinaires se heurtent à un marché saturé. Ce qui n'a pas de valeur marchande mais reste propre, complet et utilisable ne part pas pour autant à la benne : les associations de réemploi de la région, Emmaüs à Etagnières ou la brocante de l'Armée du Salut à Lausanne, acceptent en don ce type d'objets, et refusent ce qui est abîmé ou incomplet.
Une confusion revient dans presque tous les logements : la valeur affective et la valeur marchande ne se recouvrent pas. Le service en porcelaine du mariage, la ménagère plaquée dans son coffret, le buffet de la famille ont compté pour ceux qui les ont eus, et le marché de la seconde main ne les achète pas. Nous préférons le dire avant plutôt que de laisser espérer. L'inverse se produit tout autant : une montre oubliée dans un tiroir, une toile décrochée sans y penser, un meuble dont personne n'a lu l'estampille. C'est pourquoi rien ne quitte le logement avant que vous ayez vu ce qui est retenu. Pour l'horlogerie, les bijoux, l'argenterie, les tableaux, les instruments et les collections, nous recommandons une estimation par un spécialiste, horloger, bijoutier ou maison de ventes aux enchères, avant le débarras. Notre intérêt n'est pas que vous ignoriez ce que vous possédez.
Voilà pourquoi une visite ou des photos passent avant toute réponse. Les photos montrent le volume réel, l'état des meubles, les matériaux et parfois une marque. La visite ajoute ce qu'aucune image ne donne : l'étage, la présence d'un ascenseur et ses dimensions, la largeur de la cage d'escalier, la distance jusqu'au point de chargement, ce qui est démontable sur place, ce qui dort à la cave ou aux combles. Une entreprise qui annonce la gratuité sans avoir rien vu ne peut pas tenir cette annonce : soit elle la corrige le jour même, une fois sur place, soit elle emporte ce qui se revend et laisse au client l'encombrant, la cave et le nettoyage. Nous constatons, puis nous annonçons, et ce qui est annoncé ne bouge plus.