On appelle rarement pour un débarras de bureaux dans l'urgence : la date est connue depuis des mois. Un bail commercial qui arrive à terme, une société qui regroupe deux étages en un seul, une succursale qui ferme, une surface qu'une régie doit remettre en location. La personne qui nous contacte est un office manager, un responsable des services généraux, un gérant d'immeuble ou un mandataire chargé de la liquidation. Sa contrainte principale n'est pas le volume, c'est le calendrier : les équipes occupent les lieux jusqu'à une date précise, le déménageur passe ensuite, l'état des lieux de sortie est agendé et la remise des clés ne se décale pas. Nous partons donc de cette date et remontons le planning à l'envers.
Un immeuble de bureaux impose ensuite sa propre logistique. L'accès dépend d'un badge, parfois d'une plage horaire, souvent d'une conciergerie ou d'un gardien qu'il faut prévenir. Le monte-charge se réserve auprès de la gérance : sa charge admissible et les dimensions de la cabine décident de ce qui descend entier et de ce qui doit être démonté à l'étage. Le quai de livraison est partagé avec les autres locataires et n'est pas disponible toute la journée. Les parties communes, moquettes, parois, portes vitrées, sont protégées avant le premier passage : un couloir marqué devient une reprise de plus au moment de rendre les locaux. Quand le bâtiment le permet, nous chargeons en soirée ou le samedi, pour ne bloquer ni les autres occupants ni les collaborateurs encore en poste.
Le mobilier professionnel est plus lourd et plus encombrant que le mobilier domestique. Bureaux à plateau réglable, caissons, armoires métalliques à rideau, rayonnages d'archives, cloisons acoustiques, tables de conférence d'un seul tenant, sièges à vérin, coffres-forts. Presque tout se démonte, et c'est le démontage qui prend le plus de temps, pas le portage. Nous séparons dès l'étage ce qui repart en réemploi et ce qui part au traitement : un lot de sièges, d'armoires ou de rayonnages trouve preneur auprès d'associations, d'ateliers de reconditionnement ou d'autres locataires, alors qu'un plateau en aggloméré stratifié suit la filière bois et un piétement la filière métaux.
Les archives et l'informatique sont les deux postes qui demandent une décision du client. Sur le papier, nous ne trions jamais seuls : ce qui doit être conservé est mis de côté et remis à la personne désignée, le reste part en destruction confidentielle, pas dans une benne à papier ouverte. Sur le matériel, nous relevons les postes, écrans, serveurs, imprimantes et équipements réseau avant l'enlèvement. Les supports de données sont retirés ou effacés avant que la machine quitte le bâtiment, et le client choisit entre effacement puis reconditionnement et destruction du support. Les appareils électriques et électroniques rejoignent ensuite les filières suisses de reprise, Swico pour la bureautique et l'informatique, SENS pour l'électroménager de la cafétéria, financées par la contribution anticipée de recyclage payée à l'achat.
Reste le point que beaucoup d'entreprises découvrent trop tard : en Suisse, une déchèterie communale n'est pas ouverte aux entreprises. À Lausanne, l'accès aux déchèteries mobiles ainsi qu'à celles de la Perraudettaz, du Vallon, de la Bourdonnette et du Vélodrome n'est pas autorisé aux entreprises ; leurs déchets industriels banals et leurs recyclables doivent être remis à la déchèterie des entreprises de Malley, par une entrée distincte où les apports sont identifiés et pesés. La règle se retrouve dans la plupart des communes romandes. L'ordonnance fédérale sur les déchets pose en outre un seuil : en dessous de 250 postes à plein temps, les déchets d'une entreprise comparables aux ordures ménagères restent rattachés à l'organisation communale ; au-delà, leur élimination sort du monopole communal et se traite avec un transporteur privé. Nous chargeons donc directement et acheminons chaque flux vers un centre qui le pèse. Le local vide, nous le rendons dans l'état attendu par le bail : dépose des cloisons, du câblage apparent ou de la signalétique quand c'est prévu, puis nettoyage avant l'état des lieux.