Vaud n'est pas un territoire homogène, et un débarrasseur s'en aperçoit dès qu'il sort de la région lausannoise. L'arc lémanique, de Nyon à Villeneuve, est une bande urbaine dense : immeubles locatifs, régies, zones macarons, parkings souterrains trop bas pour un camion. Le Chablais est alpin, avec des routes qui montent vers Leysin, les Ormonts et les Diablerets. Le Jura vaudois et la Vallée de Joux se tiennent autour de mille mètres d'altitude, sur des cols exposés à la neige une bonne partie de l'année. La Broye est agricole : fermes, granges, ruraux, hangars, et des volumes qui n'ont rien à voir avec ceux d'un appartement. Le Nord vaudois mêle petites villes, villages et zones artisanales. Un même mandat, vider un logement, ne se prépare donc pas de la même façon selon l'endroit où il tombe.
La deuxième réalité vaudoise est administrative. Il n'existe pas de règle unique d'élimination valable dans tout le canton : chaque commune adopte son propre règlement sur la gestion des déchets et exploite, seule ou en intercommunale, sa propre déchèterie. Les horaires, les quotas de volume, la carte, le badge ou la vignette d'accès, le périmètre des ayants droit, tout cela change d'une commune à la suivante, parfois entre deux voisines. Un point revient en revanche presque partout : ces déchèteries sont réservées aux ménages domiciliés, sur présentation d'un titre d'accès nominatif, et les règlements excluent explicitement les déchets provenant d'entreprises, de l'industrie et de l'artisanat. Une société de débarras ne peut donc pas s'appuyer sur la déchèterie du client. Elle doit connaître, région par région, les centres de tri et de valorisation qui acceptent réellement ses apports, et y présenter des chargements déjà séparés.
S'ajoute le régime financier des déchets. Depuis le 1er janvier 2013, la taxe au sac ou au poids s'applique dans la quasi-totalité du canton, en application du principe de causalité inscrit dans la loi fédérale sur la protection de l'environnement : celui qui produit le déchet en paie l'élimination. Concrètement, tout ce qui part en sac taxé coûte, tandis que les matières correctement séparées suivent des filières distinctes. C'est la raison pour laquelle nous trions à la source, sur place, plutôt que de tout charger en vrac : bois, métaux, appareils électriques et électroniques, papier et carton, textiles, encombrants, déchets ultimes.
Le canton s'est organisé autour de quatre périmètres régionaux de gestion des déchets : GEDREL pour la région lausannoise, VALORSA, dont le centre est à Penthaz, pour l'ouest lausannois, le Gros-de-Vaud et une grande partie de l'ouest du canton, STRID pour le Nord vaudois, SADEC pour La Côte. Ces quatre sociétés sont actionnaires de TRIDEL, l'usine de valorisation thermique de Lausanne. Le Chablais et une partie de la Riviera relèvent d'un autre bassin, celui de la SATOM à Monthey, détenue notamment par l'État de Vaud et une quarantaine de communes vaudoises. À côté de l'incinération, chaque flux a son installation : les déchets spéciaux d'un galetas ou d'un atelier, peintures, solvants, phytosanitaires, tubes fluorescents, passent par CRIDEC à Eclépens ; les déchets organiques partent en méthanisation, notamment chez Ecorecyclage à Lavigny ; les gravats et matériaux inertes vont en décharge autorisée.
Reste la logistique. Depuis Lausanne, l'A1 dessert La Côte vers Nyon d'un côté, le Gros-de-Vaud, Yverdon et la Broye de l'autre ; l'A9 descend sur la Riviera puis le Chablais jusqu'à la sortie d'Aigle. Au-delà, on quitte l'autoroute : cols du Mollendruz et du Marchairuz pour la Vallée de Joux, routes de montagne pour les Ormonts, Leysin ou Sainte-Croix, où l'hiver impose un véhicule adapté et parfois un plus petit gabarit. Une intervention lointaine se prépare autrement qu'une intervention en ville : moins de rotations possibles dans la journée, chargement pensé pour repartir plein, dépose répartie entre le centre de tri de la région et nos filières habituelles.