Lucens est un bourg de fond de vallée dominé par un château. La Broye traverse la commune et sépare physiquement le bourg de ses extensions ; la route principale 1, qui relie Lausanne à Berne, passe par le centre. Depuis Lausanne, nos camions comptent une trentaine de kilomètres, sans sortie d'autoroute au bout du trajet : on arrive par la route, pas par une bretelle. Particularité administrative qui a des conséquences très concrètes sur une tournée : le territoire communal est coupé en deux par la commune de Curtilles. Le bourg et ses abords forment un bloc, les anciens villages de Brenles, de Chesalles-sur-Moudon et de Sarzens en forment un autre, plus au sud. Deux adresses de la même commune peuvent donc demander deux déplacements distincts.
Le bourg se lit depuis le château. L'ancienne maison forte occupe le sommet d'une colline rocheuse et associe une partie gothique du treizième siècle et une partie bernoise du seizième ; elle est aujourd'hui en mains privées et classée monument historique. En dessous, l'ancienne rue des Greniers monte vers la chapelle Sainte-Agnès et les vestiges des remparts. Dans ce secteur, le bâti est ancien, les accès se rétrécissent en montant, les cages d'escalier sont étroites et l'ascenseur est rare. Nous stationnons au point accessible le plus proche, nous montons à la main et nous démontons sur place ce qui ne passe pas un tournant.
La partie basse fonctionne autrement. Autour de la gare, de la route principale et des immeubles locatifs plus récents, le camion se met généralement à quai. La gare est sur la ligne de la Broye entre Palézieux et Payerne, une ligne en travaux de modernisation depuis 2023, avec des périodes de remplacement par bus qui changent la circulation aux abords. Le stationnement au centre est réglementé et payant du lundi au samedi en journée, gratuit le dimanche et les jours fériés, avec horodateurs au chemin de la Forêt, au parking VD 3 et au parking de la Grande Salle. Nous vérifions le régime de la rue avant de fixer la date et l'heure.
Autour du bourg, l'habitat redevient agricole et villageois. Oulens-sur-Lucens, Forel-sur-Lucens, Cremin, Brenles, Chesalles-sur-Moudon et Sarzens gardent des fermes en ordre contigu, des granges, des fenils et des ruraux attenants où s'accumulent bois, ferraille, machines et mobilier de plusieurs générations. Ces volumes se trient sur place, flux par flux, parce qu'un rural mélange presque toujours de l'inerte, du bois traité et du métal. Le passé industriel de Lucens ajoute une autre matière : la fabrique de pierres fines de la fin du dix-neuvième siècle, l'usine de laine de verre installée ici depuis 1939, le site de Cremo fermé en 2023 et l'ancienne centrale nucléaire expérimentale en caverne, arrêtée après l'accident de 1969, ont laissé un tissu de halles, d'ateliers et de dépôts dans les zones de Praz-la-Mort et des Prés de la Rittaz.
L'élimination obéit ici à une contrainte que peu de communes connaissent : la déchèterie principale n'est plus sur le territoire de Lucens. Depuis le 1er mai 2024, le site de Praz-la-Mort a été abandonné au profit de la déchèterie de Curtilles, ouverte à horaires restreints et fermée le jeudi. L'éco-point du Centre, au bourg, est réservé aux personnes à mobilité réduite. Les six points de collecte des villages ne prennent que les ordures ménagères et quelques matières triées, verre, PET, aluminium, piles. Quant à la taxe payée par les entreprises, elle ne couvre que leurs propres déchets et exclut expressément ceux issus de leurs prestations chez leurs clients, déchets de chantier compris. Nous chargeons donc tout dans le camion et répartissons chaque flux dans sa filière : bois, ferraille, appareils électriques et électroniques, papier et carton, textiles, inertes, déchets ultimes. Ce qui est encore en état est proposé au réemploi plutôt que jeté.