Vevey est une ville serrée. Sur 2,38 kilomètres carrés, chef-lieu du district de la Riviera-Pays-d'Enhaut, elle réunit plus de 20'000 habitants, une densité que peu de communes vaudoises atteignent. Le terrain descend du nord vers le lac, la Veveyse traverse la ville canalisée depuis les tours de Gilamont jusqu'à son embouchure et passe sous la gare, sur la ligne du Simplon. Depuis Lausanne, nos camions arrivent par l'autoroute A9 et la jonction de Vevey, une vingtaine de kilomètres, puis descendent sur la ville par le nord, du côté de l'avenue de Gilamont. La distance n'est donc pas le sujet. Le sujet, c'est le dernier kilomètre : trouver où immobiliser un véhicule, et sur quelle longueur porter.
Le centre ancien est la partie la plus contraignante. Entre la rue du Centre, la rue des Deux-Marchés, la rue de l'Hôtel-de-Ville, la rue du Conseil et la rue de l'Ancienne-Monneresse, la vieille ville est majoritairement interdite au trafic motorisé, avec des exceptions pour les livraisons, et la Ville travaille à formaliser une zone piétonne sur ce périmètre. La rue du Lac, à l'est de la Grande Place, prolonge ce tissu de ruelles pavées et de passages. Un camion trente-cinq mètres cubes n'y entre pas. Nous stationnons au point accessible le plus proche, nous faisons la navette avec un véhicule de petit gabarit et des diables, et nous demandons au besoin une autorisation auprès de l'office de la mobilité, à la rue du Simplon, avant la date d'intervention.
La Grande Place, la place du Marché, joue un rôle particulier dans cette organisation. Ses 17'000 mètres carrés servent de parking la plupart des jours, ce qui offre un point de chargement rare au centre d'une ville aussi dense. Mais le mardi et le samedi matin, le marché occupe la place, et les samedis de juillet et d'août il laisse la place aux marchés folkloriques. Pour une adresse du centre, nous fixons donc l'intervention un autre jour ou tôt en dehors de ces créneaux, plutôt que de faire tourner une équipe autour d'un périmètre saturé.
Le bâti explique le reste. La vieille ville aligne des maisons contiguës aux cages d'escalier étroites, aux paliers courts et sans ascenseur. Plan-Dessus et Plan-Dessous, tracés en damier autour de la place Robin, alignent des immeubles de rapport dont beaucoup datent d'avant la guerre : caves voûtées, galetas sous les toits, escaliers tournants. Gilamont, longtemps mixte entre industrie et logement le long de la Veveyse, et Charmontey, où une coopérative d'habitation possède une douzaine d'immeubles, relèvent plutôt du logement collectif d'après-guerre, avec des ascenseurs au gabarit limité qu'il faut réserver auprès de la gérance. Dans les deux cas, la cave et le galetas pèsent souvent plus lourd que l'appartement lui-même. Nous mesurons l'escalier, la porte palière et la cabine avant de fixer la date, et nous démontons sur place ce qui ne passe pas.
Reste l'élimination, et sur ce point Vevey a ses règles. La déchèterie communale, dont l'entrée se trouve à l'avenue Reller le long des voies, n'est accessible que sur présentation d'une carte, délivrée aux personnes domiciliées à Vevey et aux entreprises établies sur le territoire communal. Une entreprise venue de Lausanne n'y dépose rien. Les écopoints de quartier, comme celui de la rue des Moulins, sont réservés aux habitants et ne prennent que le verre, les boîtes et les déchets organiques. Quant à la collecte communale d'encombrants, elle s'adresse aux habitants, se commande dix jours à l'avance, exige la présence d'une personne sur place et se limite à cinq objets : de quoi évacuer un canapé, pas un logement. Nous chargeons donc l'intégralité du volume dans nos véhicules et répartissons chaque flux vers les filières suisses, bois, métaux, appareils électriques, papier, textiles et déchets ultimes. Ce qui peut resservir est mis de côté et proposé aux structures de seconde main de la Riviera. Nous couvrons Vevey et les communes qui l'entourent, Corseaux, Corsier-sur-Vevey, Jongny, Chardonne, La Tour-de-Peilz, Blonay et Saint-Légier-la-Chiésaz.