Le déclencheur est presque toujours un renouvellement de parc. Une entreprise change ses postes, et l'ancien matériel reste sur place : un local d'archives, une palette au sous-sol, un bureau vide où l'on empile les écrans. Cela dure jusqu'au jour où le local est réaffecté, où la société déménage ou ferme. Les autres cas sont une fin de leasing dont le matériel n'est pas repris, une salle serveur mise hors service, un cabinet qui passe au numérique, une succession où le défunt avait accumulé des ordinateurs. Le point commun : personne ne sait plus exactement ce que contiennent les machines.
C'est là que ce débarras diffère des autres. Supprimer des fichiers ou reformater rapidement un disque ne fait que libérer l'espace : les données restent physiquement écrites tant qu'elles n'ont pas été réécrites, et des outils courants les reconstituent. Un appareil qui part sans traitement part donc avec son contenu. Avant tout enlèvement, nous établissons avec vous la liste de ce qui contient de la donnée, plus longue qu'on ne le croit : disques durs et SSD, disques externes et clés USB oubliées dans un tiroir, cartes SD, cartes SIM des téléphones et des routeurs mobiles, cassettes de sauvegarde, mémoire des imprimantes multifonctions, badges d'accès et jetons d'authentification. Deux voies existent ensuite, et le choix vous appartient : l'effacement par réécriture, quand le support doit rester utilisable, ou la destruction physique. Certains clients préfèrent garder leurs disques et ne nous confier que les carcasses ; nous les démontons devant eux.
L'élimination suit ensuite le système suisse de reprise des appareils électriques et électroniques. Depuis 1998, ces appareils ne vont ni aux ordures ménagères ni aux encombrants : l'ordonnance fédérale sur la restitution, la reprise et l'élimination des appareils électriques et électroniques oblige les commerces à reprendre gratuitement les appareils usagés correspondant à ceux qu'ils vendent, même s'ils n'y ont pas été achetés et sans obligation d'acheter à nouveau. Cette gratuité est financée en amont par la taxe anticipée de recyclage, perçue sur les appareils neufs depuis 1994 et comprise dans le prix de vente. Trois organisations de reprise se partagent le terrain : Swico pour l'informatique, la bureautique et la communication, SENS eRecycling pour l'électroménager, SLRS pour les lampes et les luminaires. Le système Swico prévoit aussi l'enlèvement du matériel des entreprises dès 250 kg, ou pour les grands appareils d'au moins 80 cm de hauteur.
Tout ne mérite pas d'être broyé. Une part du matériel déclassé fonctionne encore : il ne suit plus une version de logiciel, il n'est pas cassé. Les écrans sont le cas le plus net. Une dalle vit bien plus longtemps qu'une unité centrale et les connecteurs vidéo sont restés largement rétrocompatibles, si bien qu'un écran de plusieurs années se rebranche sans difficulté, au besoin avec un adaptateur. Le même raisonnement vaut pour les claviers, les stations d'accueil, les switchs et les portables dont seule la batterie est fatiguée. Ce tri se décide avant l'intervention, pas sur le camion.
Deux catégories demandent une attention particulière. Les batteries au lithium d'abord : accus de portables, de téléphones, blocs d'onduleurs. Les piles et accumulateurs usagés sont des déchets spéciaux, et les accus lithium-ion sont en plus des marchandises dangereuses, avec un risque d'incendie réel s'ils sont écrasés, percés ou mélangés au reste du chargement. Nous les sortons des appareils et les tenons à part ; leur élimination est financée par la taxe d'élimination anticipée gérée par INOBAT sur mandat de la Confédération, et tout point de vente les reprend gratuitement. Les toners et cartouches ensuite : ce ne sont pas des appareils et ils relèvent des programmes des fabricants, des fournisseurs de bureautique ou de collecteurs spécialisés. L'erreur la plus fréquente reste d'empiler « en attendant », ou de sortir un lot d'écrans avec les encombrants : le matériel finit hors filière, et les données avec lui.